du 02/07 au 02/08/2014

Filipe Courbois

Les travaux que Filipe Courbois a sélectionnés pour cette exposition (papiers coupés, tissus tendus sur châssis, assemblages) témoignent de plusieurs années de travail. On peut dire de la plupart d’entre eux qu’ils s’obstinent à indiquer la coupe colorée de leur format.

Dans les tissus tendus sur châssis, le tissu—non peint—est choisi pour sa couleur (non seulement pour sa teinte, mais aussi pour sa maille, sa texture, sa manière présumée de prendre la lumière). Tendre revient ici à couper dans la couleur. Le dépôt, brisé par l’arête du châssis, travaille avec l’épaisseur de la tranche.

Laure Lernoux. 

On devine ici l’impact des poétiques processuelles, non celles qui se fondent sur un principe d’extension sérielle ou toute mesure est perceptible et quantifiable – dans le post-minimalisme pour les arts plastiques ou dans la musique sérielle—, mais celles qui se fondent sur la négativité de la déchirure, de l’entaille, de la découpe, ou encore sur l’ouverture, la destruction, le déplacement et la recomposition des multiplicités. En musique, ce serait le free jazz et le « groupe » de Darmstadt14.

Il n’empêche, et comme le suggère ce parallèle avec la musique, un principe d’unité ou de totalisation provisoire15 s’impose puisqu’à un moment il y a interruption du travail et œuvre, même si celle-ci ne s’expose pas comme une totalisation signifiante absolue, quantifiable et épuisable par le langage (puisque, comme je l’ai pointé, tout n’est pas visible). Et c’est cette dimension de totalisation provisoire qui semble retenir le plus [… et Filipe Courbois. Tristan Trémeau (catalogue de l’exposition « Acht Zeichner aus Belgien », Das Emschertal-Museum, Herne).

Notes :

14 Symptomatiquement, le saxophoniste et compositeur John Zorn lance régulièrement dans ses concerts « Déchirer la place ».
15 J’emprunte cette notion à Carl Einstein, Georges Braque, Bruxelles, La part de l’œil, « Dyptique », 2003 (Paris, 1934).